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Au revoir et merci, Dadou Pasquet

Le 22 novembre 2025, Haïti et la diaspora perdent une de leurs voix les plus lumineuses : André « Dadou » Pasquet, guitariste, chanteur, compositeur et cofondateur du mythique Magnum Band, s’est éteint à l’âge de 72 ans, après une longue maladie. 

Dadou Pasquet n’était pas seulement un musicien : il était un maître exigeant, un artisan de l’âme musicale haïtienne. Dès son enfance, il baigne dans la musique : sa famille est profondément enracinée dans les traditions musicales haïtiennes, et son don pour la guitare se révèle très tôt. 

Son parcours le conduit dans les années 1970 à rejoindre le groupe Tabou Combo, où il se distingue par sa voix chaleureuse et son jeu de guitare fluide.   Mais Dadou ne se contente pas de suivre un chemin : il aspire à plus. En 1976, il fonde avec son frère Claude « Tico » Pasquet le Magnum Band, un tournant décisif dans l’histoire du konpa haïtien. 

Avec Magnum Band, il bâtit une œuvre profondément réfléchie, alliant la tradition haïtienne à des influences jazz, funk, reggae, blues.   Sa rigueur artistique était légendaire : il affinait chaque arrangement, chaque ligne de guitare, refusant l’à-peu-près. HMI Magazine évoque son perfectionnisme « presque spirituel », tant il accordait d’importance à chaque note. 

L’un des traits les plus marquants de Dadou Pasquet était son amour de la liberté artistique. Pour lui, créer, c’était explorer sans chaînes : il proposait une musique enracinée dans le konpa, mais capable de s’évader, de dialoguer avec le jazz, les harmonies modernes, la scène mondiale. 

Cette philosophie se reflète dans le slogan de Magnum Band ,« La seule différence », qui ne correspond pas simplement à un nom, mais à une vision : faire une musique à la fois populaire et transformatrice. 

L’histoire de Dadou Pasquet est aussi celle d’un musicien du métissage et de l’exil. Il a quitté Haïti pour s’installer aux États-Unis, à Miami, cœur communautaire haïtien, où il a fondé Magnum Band en 1976.   Ce passage par l’exil n’a pas été une fuite : il a transformé sa musique, lui donnant une dimension internationale tout en gardant une ancre haïtienne solide.

Son travail avec Magnum Band a permis de faire rayonner la culture haïtienne à travers le monde, notamment aux États-Unis, en Europe, dans les Caraïbes, à travers des tournées, des albums, des performances. 

Les hommages à sa disparition sont unanimes. Le Ministère de la Culture et de la Communication d’Haïti salue sa mémoire en rappelant « son sens artistique unique » et son « talent exceptionnel » qui ont profondément marqué plusieurs générations. D’innombrables voix se lèvent : pour les fans, les musiciens, les jeunes guitaristes, il était un « maître », une source d’inspiration par sa discipline, son humilité et sa créativité. 

Dans le message de sa famille, un dernier message revient : « Jwe mizik lan », invitation intime à faire vivre son œuvre, à continuer de la partager, à laisser résonner ses mélodies dans les cœurs. 

Aujourd’hui, nous disons au revoir à Dadou Pasquet, mais nous ne le remercierons jamais assez. Merci pour chaque note posée, pour chaque accord peaufiné, pour chaque instant de grâce qu’il a offert à ceux qui l’écoutent.

Sa vie témoigne de ce que peut être un engagement artistique : rigueur, liberté, exil porté comme un tremplin, amour profond pour sa terre natale. Son œuvre ne mourra jamais, tant que des guitares joueront, des voix chanteront, et des cœurs danseront.

« Jwe mizik lan, Maestro. »

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