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Les Frères Déjean, une histoire de famille au cœur du compas haïtien

Pendant plusieurs décennies, le nom des Frères Déjean a résonné bien au-delà de Pétion-Ville. Porté par une fratrie de musiciens et par une formation qui a traversé les époques, ce nom est devenu indissociable de l’histoire du compas haïtien. La disparition d’André Déjean, trompettiste, compositeur et arrangeur, le 11 septembre 2026 en Floride, vient rappeler l’importance d’une aventure musicale commencée au début des années 1960. L’orchestre, fondé en 1963 par Lyonel Déjean sous le nom de « Les Frères de Pétion-Ville », s’est progressivement imposé sous celui de « Les Frères Déjean ». André en fut l’un des piliers aux côtés notamment de Fred, Philippe et Camille.

La singularité des Frères Déjean tient d’abord à cette dimension familiale. Dans un paysage musical où les formations se succédaient au gré des départs et des recompositions, les Déjean ont construit leur identité autour d’une véritable complicité entre frères. Lyonel en était l’architecte et le fondateur, tandis que Fred s’est particulièrement distingué au saxophone et qu’André a imposé une voix reconnaissable à la trompette. La formation accordait une place importante aux cuivres et à l’arrangement instrumental, donnant naissance à une couleur musicale que les amateurs ont progressivement identifiée comme le « son Déjean ». 

Cette identité s’est affirmée avec les productions qui ont marqué les années 1970 et 1980. Le premier album, « Haïti », paraît en 1974, après plusieurs années de travail et de prestations. Suivront notamment « Pa Gain Panne », « International », « Bouki ak Malice » en 1977 et « L’Univers en 1979 ». Des titres comme « Débaké », « Arrêté », « Marina », « La Fwa », « Bouki ak Malice », « Naïdée » et « L’Univers » ont contribué à installer le groupe dans la mémoire de plusieurs générations. « Bouki ak Malice », enregistré en Martinique, constitue notamment l’une des productions emblématiques de cette période. 

Le rayonnement des Frères Déjean ne s’est toutefois pas arrêté aux frontières haïtiennes. Leur musique a trouvé un public important dans les Antilles françaises, notamment en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane. Le dialogue entre la trompette d’André et le saxophone de Fred est devenu l’une des signatures de la formation. Le groupe a également accompagné ou collaboré avec différents artistes et chanteurs, tandis que ses musiciens ont participé à une histoire plus large de la musique populaire haïtienne. Cette capacité à conserver une identité propre tout en évoluant avec les transformations du compas explique en partie la longévité de leur répertoire. 

Avec le temps, les départs et les décès ont progressivement réduit le cercle des membres historiques. La disparition d’André constitue ainsi un nouveau chapitre dans l’histoire d’une formation dont l’influence dépasse largement la carrière individuelle de ses membres. Les Frères Déjean appartiennent désormais à cette mémoire musicale haïtienne où certaines mélodies continuent de circuler longtemps après la disparition de ceux qui les ont créées. Leur héritage se trouve dans les disques, dans les archives, mais surtout dans cette manière particulière de faire dialoguer les cuivres, les voix et les rythmes haïtiens. À travers André, Fred, Lyonel, Philippe, Camille et tous ceux qui ont contribué à l’aventure, c’est une partie de l’histoire du compas qui continue de jouer.

Wislin Prévil

Rédacteur en Chef

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