Le roman « C’était ça ou mourir » de l’écrivain haïtien Thélyson Orélien suscite un engouement remarquable sur le marché du livre en Haïti. Depuis sa mise en vente dans le pays, le 11 septembre 2026, l’ouvrage a atteint 1 400 exemplaires écoulés, selon Fred Brutus, responsable de C3 Éditions. Ce résultat, inhabituel dans un marché confronté à de nombreuses difficultés, témoigne de l’intérêt du public pour le livre, mais aussi de la mobilisation qui s’est constituée autour de son auteur.
Selon les chiffres communiqués par l’éditeur au quotidien Le Nouvelliste, un premier millier d’exemplaires a été vendu en 22 jours. Entre le 5 et le 8 octobre, 400 autres exemplaires ont trouvé preneur, obligeant la maison d’édition à procéder à une nouvelle impression pour répondre aux commandes. Des librairies se procurent désormais le roman en quantité, tandis que des établissements scolaires et des écoles professionnelles participent à sa diffusion. Plusieurs professeurs de littérature ont également commandé des lots afin d’organiser des activités de lecture autour de l’œuvre.
Cette dynamique dépasse les frontières de Port-au-Prince. Le livre est notamment disponible aux Gonaïves, aux Cayes, au Cap-Haïtien et à Jérémie. Pour C3 Éditions, cette circulation dans différentes régions du pays représente un signe encourageant dans un contexte où la vente de livres demeure limitée. Fred Brutus estime qu’un ouvrage qui fonctionne habituellement sur le marché haïtien peut se vendre à une centaine d’exemplaires sur une année. Les performances de « C’était ça ou mourir » se distinguent donc nettement de cette tendance, selon les données avancées par l’éditeur.
Toutefois, ce succès commercial intervient dans un climat de controverse. Le roman, publié en France chez Grasset, a fait l’objet d’accusations concernant le recours à l’intelligence artificielle dans son écriture ainsi que d’allégations de plagiat portant sur des textes antérieurs de l’auteur. Ces polémiques ont eu des répercussions sur son parcours littéraire : le 25 septembre, l’Académie Goncourt l’a retiré de sa sélection, et il n’a pas figuré dans les deuxièmes sélections des prix Femina et Décembre. Parallèlement, l’ouvrage a été retenu dans la deuxième sélection du prix Renaudot, annoncée le 7 octobre, ainsi que dans la sélection du prix littéraire de la Porte Dorée.
Pour Fred Brutus, les ventes ne s’expliquent pas uniquement par la curiosité littéraire. Il y voit également une forme de solidarité envers Thélyson Orélien, certains lecteurs considérant les controverses et les décisions prises à l’égard du livre comme une injustice. Cette interprétation invite à distinguer deux phénomènes : l’intérêt pour l’œuvre elle-même et la mobilisation autour de son auteur. Les chiffres disponibles ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer la part respective de ces motivations.
À 2 000 gourdes l’exemplaire, le roman est proposé à Port-au-Prince dans les locaux de C3 Éditions, à Delmas 31. Reste à savoir si cette dynamique se maintiendra au-delà de la controverse et si les ventes se traduiront par un intérêt durable pour l’œuvre. Une chose est certaine : le parcours de « C’était ça ou mourir » remet au premier plan les questions de la lecture, de la circulation des livres et de la place des écrivains haïtiens dans l’espace littéraire francophone.
