Le feuilleton judiciaire autour du célèbre groupe haïtien Zafem semble désormais clos. Après plusieurs années de tensions juridiques, de décisions contradictoires et d’une forte mobilisation de l’opinion publique, le groupe dirigé par Dener Céide a finalement obtenu le droit définitif d’exploiter son nom. Cette issue met un terme à l’un des dossiers les plus suivis par la communauté musicale haïtienne, tant en Haïti que dans la diaspora.
L’affaire remonte à septembre 2024, lorsqu’une plainte est déposée par Wiss Joseph et Marie Joseph, deux entrepreneurs haïtiens résidant aux États-Unis. Ces derniers revendiquaient la propriété légale de la marque « Zafem », au nom de leur société Zafem World Entertainment, enregistrée depuis novembre 2015.
Selon les plaignants, cette entreprise, spécialisée dans la production musicale et l’organisation de concerts, exploitait également un groupe dénommé Zafem Band. L’enregistrement officiel de la marque en 2021 leur aurait conféré l’exclusivité de son usage commercial.
Dans un premier temps, la justice américaine leur a donné raison. Une décision rendue par un tribunal du district de New York avait condamné Dener Céide et son groupe à verser un million de dollars américains de dommages et intérêts. Le jugement ordonnait également l’arrêt immédiat de toute utilisation commerciale du nom « Zafem ».
Cette décision, rendue par défaut — en raison de l’absence de réponse du groupe aux convocations du tribunal —, avait provoqué une onde de choc dans le milieu musical haïtien. Pour beaucoup, perdre le nom « Zafem » aurait constitué un véritable séisme culturel, tant le groupe occupe une place centrale dans le compas moderne. La suspension de leur chaîne YouTube sur le territoire américain venait renforcer l’ampleur des conséquences.
Un premier tournant est intervenu le 17 novembre 2025, lorsque le juge fédéral du district de New York a suspendu la condamnation d’un million de dollars, sans toutefois l’annuler. Cette décision ouvrait une possibilité de réexamen, à condition que le groupe respecte certaines exigences, notamment le paiement des frais d’avocat et le dépôt d’une garantie de 100 000 dollars.
Le dénouement est finalement survenu le lundi 6 avril 2026, avec la signature d’un accord judiciaire devant un tribunal fédéral américain. Selon les informations relayées par Carel Pedre, les deux parties sont parvenues à un compromis mettant définitivement fin au litige.
L’élément clé de cet accord repose sur un « dismissal with prejudice », une disposition juridique majeure en droit américain. Cela signifie que l’affaire est définitivement close et qu’aucune des parties ne pourra la rouvrir sur les mêmes faits. En conséquence, Wiss Joseph et Marie Joseph renoncent irrévocablement à toute poursuite, et le groupe Zafemconserve définitivement les droits d’exploitation de son nom.
Au-delà de l’aspect juridique, cette décision revêt une forte portée symbolique. Le nom Zafem est devenu, au fil des années, bien plus qu’une simple marque : il incarne une identité artistique et culturelle forte au sein de la musique haïtienne.
Cette victoire permet désormais au groupe de poursuivre ses activités, ses concerts et ses productions en toute sérénité, sans la menace d’un nouveau contentieux.
Pour la diaspora haïtienne, qui a suivi l’affaire de près, cette conclusion apparaît comme un véritable soulagement.
Ce dossier rappelle, avec force, l’importance de la propriété intellectuelle dans l’industrie musicale. À l’ère de la mondialisation culturelle, le nom d’un groupe constitue un actif stratégique, parfois aussi précieux que son répertoire.
L’affaire Zafem illustre ainsi la rencontre parfois brutale entre succès artistique et exigences juridiques. Aujourd’hui, le groupe sort renforcé d’une bataille qui aurait pu lui coûter son identité même.