Le chanteur haïtien Toby Anbakè signe, avec « Depòte », disponible sur YouTube depuis environ un mois, une chanson poignante mêlant drame personnel et crise migratoire. Dès l’entame, l’artiste dresse le portrait d’une Haïti asphyxiée par l’insécurité : l’assassinat du président Jovenel Moïse, les épisodes de « pays lock », la montée des kidnappings et la terreur imposée par les gangs. Le narrateur, agronome respecté devenu migrant, explique avoir quitté son pays après avoir tout perdu, emporté par la violence et l’instabilité.
Arrivé aux États-Unis, il pleure de joie, remerciant le ciel de l’avoir tiré de « l’enfer ». Mais le rêve américain se révèle plus rude que prévu. Ancien notable en Haïti, il occupe désormais un emploi modeste chez Amazon, travaillant sans relâche pour payer ses factures et répondre aux attentes d’une épouse qu’il souhaite combler. Le contraste est brutal : dignité sociale perdue, sacrifices quotidiens, sentiment d’être broyé par un système impitoyable.
Le drame éclate le jour de l’anniversaire de leur mariage. Désireux de surprendre sa femme avec les plus belles fleurs de Miami, il quitte son travail sans prévenir. Mais la surprise se retourne contre lui : il découvre son épouse en pleine infidélité, dans une voiture. Il filme la scène à son insu, puis se retire, effondré. Lorsque la femme tente de comprendre son silence, il lui montre la vidéo. Acculée, elle se blesse volontairement et alerte la police, l’accusant de violences conjugales.
L’histoire atteint son paroxysme lorsque l’ICE l’arrête et le déporte, menotté, vers l’aéroport du Cap-Haïtien. Dans le refrain, Toby Anbakè dépasse le simple récit conjugal pour poser une question plus large : où peut trouver refuge l’Haïtien chassé par la violence dans son pays et rejeté ailleurs par les politiques migratoires ? « Depòte » se transforme ainsi en cri de dénonciiation, à la croisée de la trahison intime et de la tragédie collective.
























