Malgré un contexte national marqué par l’insécurité, les difficultés économiques et les incertitudes sociales, l’artisanat haïtien continue de faire preuve de résilience. La 19ᵉ édition d’Artisanat en Fête, organisée les 20 et 21 décembre 2025 à l’École des Frères de l’Instruction Chrétienne de Pétion-Ville, en est une illustration éclatante. Cet événement culturel d’envergure a rassemblé plus d’une centaine d’artisans venus de divers départements, confirmant que la création, la production et la transformation restent au cœur de la vitalité haïtienne.
Parmi les institutions présentes, l’École nationale des arts (ENARTS) s’est démarquée avec la participation de dix artistes émergents. Peintres, dessinateurs et créateurs ont exposé leurs œuvres tout en animant des ateliers interactifs, dont des portraits sur le vif et des sessions de face painting. Pour le professeur Francisco Sylva, cette présence offre une vitrine précieuse au savoir-faire haïtien et permet aux étudiants d’exposer leurs créations au regard du public. Le directeur général de l’ENARTS, Yves Penel, a insisté sur la double mission de cette participation : accompagner les étudiants dans leur parcours artistique tout en valorisant la richesse culturelle nationale, rappelant également l’engagement international de l’école, notamment à travers l’exposition Rezilyans à Paris.
Au cœur de la foire, les artisans indépendants ont fait preuve d’innovation. Makendy Smith, cordonnier à la tête de la marque Mak Pa Nou et fidèle d’Artisanat en Fête depuis 2009, a présenté des collections mêlant esthétique, durabilité et recyclage. Face aux difficultés d’approvisionnement liées à l’insécurité, il a choisi de transformer des sacs usagés et des vêtements hors d’usage en sandales et accessoires, faisant du recyclage une réponse créative aux contraintes du contexte. Pour lui, Artisanat en Fête reste un rendez-vous incontournable, autant comme espace de vente que de partage du savoir à travers des ateliers.
La mode artisanale a aussi brillé avec Jamesy Collection Haïti. Le créateur, autodidacte, puise son inspiration dans les traditions afro-caribéennes, mêlant tradition et modernité. Jamesy Chéry voit dans cette foire bien plus qu’une simple vitrine commerciale : c’est un patrimoine vivant qui permet aux artisans de valoriser leur travail et de transmettre un héritage culturel.
L’événement a également bénéficié d’un fort soutien institutionnel. Le ministère des Affaires sociales et du Travail, via l’Office national de l’artisanat (ONART), a présenté plusieurs projets destinés à renforcer la filière : extension des points de vente, structuration des portefeuilles de produits, subventions pour les ateliers, lancement imminent d’une plateforme de vente en ligne, et mise en place de formations dédiées. Pour le ministre Georges Wilbert Franck, lui-même artisan chapelier, l’artisanat est un levier essentiel pour la création de revenus durables et l’autonomie économique.
Artisanat en Fête constitue aussi un espace de transmission intergénérationnelle. Des ateliers pour enfants ont initié les plus jeunes à la poterie, la bijouterie et au macramé, ravivant des savoir-faire traditionnels tels que la fabrication de fanals. Ce dispositif vise à cultiver dès le plus jeune âge l’amour du travail manuel et de la créativité, loin de la seule attraction des écrans.
Saluée par de nombreuses personnalités nationales et internationales, dont plusieurs représentants diplomatiques, cette édition d’Artisanat en Fête envoie un message fort : l’artisanat haïtien résiste. Il résiste par la créativité, par l’engagement des institutions, par la passion des artisans et par la fidélité d’un public qui reste déterminé à soutenir la production locale. Dans un pays en quête de repères et de solutions durables, cette foire rappelle que l’artisanat n’est pas seulement une activité économique, mais un pilier fondamental de l’identité, de la mémoire et de l’espoir collectif.






















