À la une

Un patrimoine naturel haïtien au bord de la disparition

Haïti est souvent perçue comme un territoire écologiquement dégradé, mais cette image occulte une réalité plus complexe. Le pays fait partie de l’île d’Hispaniola, l’un des foyers de biodiversité les plus riches des Caraïbes. Cette richesse repose sur une forte proportion d’espèces endémiques, c’est-à-dire des espèces que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. Pourtant, ce patrimoine vivant est aujourd’hui gravement menacé.

La diversité biologique d’Haïti s’explique par la variété de ses écosystèmes : forêts tropicales humides, forêts sèches, zones montagneuses, mangroves, récifs coralliens et plaines côtières. Ces milieux ont longtemps abrité une faune et une flore exceptionnelles. Toutefois, la déforestation massive, qui a fait disparaître plus de 90 % du couvert forestier originel, a profondément déséquilibré ces écosystèmes et fragilisé les espèces qui en dépendent.

Parmi les espèces les plus menacées figure le solénodon d’Haïti, un mammifère nocturne et discret, vestige d’une lignée très ancienne. Sa survie est compromise par la destruction de son habitat naturel, la chasse et la présence d’animaux introduits, comme les chiens et les mangoustes. L’iguane de Ricord, espèce endémique vivant principalement dans les zones arides du sud du pays, est également en danger à cause de la perte de son habitat, de la capture illégale et de la pression humaine croissante sur les zones côtières.

Les oiseaux endémiques d’Haïti, tels que le trogon d’Hispaniola, le todier ou le pic d’Hispaniola, subissent eux aussi les conséquences directes de la déforestation. La disparition des forêts réduit leurs possibilités de nidification et leurs sources de nourriture. Les amphibiens, en particulier les grenouilles endémiques, figurent parmi les espèces les plus vulnérables, car ils sont extrêmement sensibles aux changements environnementaux, à la pollution de l’eau et aux variations climatiques.

Les écosystèmes marins ne sont pas épargnés. Les mangroves et les récifs coralliens, essentiels à la protection des côtes, à la reproduction des poissons et à la subsistance des communautés côtières, sont en fort déclin. La surpêche, la pollution et le réchauffement des eaux contribuent à une diminution alarmante de la biodiversité marine.

Les causes de cette situation sont multiples. La production de charbon de bois, l’agriculture extensive, la pauvreté structurelle et la faible application des lois environnementales exercent une pression constante sur les ressources naturelles. À cela s’ajoute le changement climatique, qui accentue la vulnérabilité des écosystèmes déjà fragilisés.

Des initiatives de conservation existent pourtant, notamment à travers la création de parcs nationaux et d’aires protégées. Cependant, le manque de moyens financiers, humains et techniques limite leur efficacité. Malgré cela, des organisations locales et internationales s’efforcent de promouvoir la reforestation, l’éducation environnementale et la protection des espèces menacées.

La disparition des espèces en Haïti ne représente pas seulement une perte écologique : elle constitue aussi une perte culturelle, économique et sociale. Protéger la biodiversité, c’est préserver les sols, les ressources en eau, la pêche, l’agriculture et, en définitive, les conditions mêmes de la vie humaine. La survie des espèces menacées dépendra de choix collectifs clairs et responsables, fondés sur la reconnaissance que la nature est un héritage fragile, et non une ressource inépuisable.

CP: Haiti Inter

De la même catégorie

Les plus consultés

Pour ce mois