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Pourquoi demander de l’aide psychologique reste-t-il difficile en Haïti ?

En Haïti, parler de ses difficultés psychologiques reste encore, pour beaucoup, une démarche difficile. Lorsqu’une personne traverse une période de détresse, elle peut préférer se taire, prier, s’isoler ou chercher conseil auprès de son entourage plutôt que de consulter un psychologue. Dans certaines familles, évoquer la souffrance mentale est encore perçu comme une faiblesse, une incapacité à supporter les épreuves ou quelque chose qu’il faudrait garder dans l’intimité.

Cette difficulté est aussi liée aux représentations que l’on se fait de la santé mentale. Des comportements inhabituels ou une souffrance profonde peuvent parfois être interprétés uniquement à travers des explications religieuses, mystiques ou sociales. La personne peut alors être orientée vers un responsable religieux, un proche ou d’autres formes de soutien avant d’envisager une consultation professionnelle. La foi et la solidarité communautaire peuvent pourtant constituer des ressources importantes, sans nécessairement remplacer un accompagnement psychologique lorsque celui-ci est nécessaire.

À cela s’ajoutent les obstacles matériels. Consulter un professionnel suppose d’abord qu’il en existe un à proximité, puis que la personne puisse payer la consultation et disposer du temps nécessaire pour la suivre. Dans un pays confronté à de multiples difficultés économiques et sociales, les dépenses liées à la santé mentale peuvent facilement passer après le logement, l’alimentation, les études ou les soins physiques. L’offre de services spécialisés reste par ailleurs limitée et inégalement accessible.

La peur du jugement constitue un autre tabou. Certaines personnes craignent que leur entourage apprenne qu’elles consultent un psychologue et les considère comme « folles », faibles ou incapables de gérer leur vie. Cette crainte peut pousser des personnes en souffrance à dissimuler leurs difficultés jusqu’à ce qu’elles deviennent plus importantes. Le silence n’est alors plus seulement un choix personnel : il devient une manière de se protéger du regard des autres.

Pourtant, demander de l’aide psychologique n’est pas un aveu de faiblesse. Parler à un professionnel peut permettre de mettre des mots sur ce que l’on ressent, de mieux comprendre certaines difficultés et de chercher des stratégies adaptées pour y faire face. Briser le tabou ne signifie donc pas abandonner les valeurs familiales, communautaires ou spirituelles. Il s’agit plutôt de reconnaître que la souffrance psychologique mérite, elle aussi, d’être écoutée et prise au sérieux.

En Haïti, changer le regard porté sur la santé mentale passe ainsi par l’éducation, l’information et la possibilité d’accéder à des services adaptés. Tant que demander de l’aide sera associé à la honte, beaucoup continueront de souffrir en silence. Et parfois, derrière quelqu’un qui dit simplement « M ap kenbe », il peut y avoir une personne qui aurait surtout besoin que quelqu’un lui demande : « Comment vas-tu vraiment ? ».

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