À Carrefour, le tambour reprend du rythme entre les mains des jeunes

Le Centre culturel Emmanuel Charlemagne, à Côte-Plage 16, Carrefour, a accueilli la deuxième édition de la formation au tambour organisée par Atelye Tambou Loray Kale (ATLK). Une trentaine de jeunes ont participé à cet atelier animé par le percussionniste Joseph René, connu sous le nom de Batala, avec l’objectif de découvrir ou de perfectionner leur pratique d’un instrument profondément lié au patrimoine musical haïtien.

Durant les deux journées, les participants ont alterné théorie et pratique. Ils ont découvert les différentes formes et fonctions du tambour, mais aussi les techniques de frappe avec les mains et les baguettes. Posture, position des doigts, pression exercée sur la peau ou emplacement de la frappe, où chaque geste compte pour produire un son précis. Les débutants ont été initiés au rythme Afò, tandis que les plus avancés ont travaillé les différents éléments de l’ensemble de tambours, notamment le kata, la maman-tambour, la basse et le second tambour.

Pour les responsables de l’ATLK, l’enjeu dépasse la simple maîtrise d’un instrument. Emmanuel René défend une transmission destinée à former des jeunes capables, à leur tour, de partager leurs connaissances. L’organisation souhaite notamment ouvrir ses activités aux écoles classiques, sans considération pour l’appartenance religieuse ou culturelle des élèves. « La connaissance n’a pas de frontières », souligne-t-il, estimant que connaître un rythme ne signifie pas nécessairement pratiquer le vodou.

Cette démarche vise également à dépasser les préjugés qui entourent encore le tambour en Haïti. Souvent associé au vodou ou aux cérémonies traditionnelles, l’instrument reste parfois perçu comme mystérieux. Samuel Kensley Pierre, professeur d’éducation socioculturelle et plasticien, explique que l’atelier lui a permis de mieux comprendre ses dimensions musicale, culturelle et symbolique. Pour plusieurs jeunes participants, apprendre à jouer du tambour représente aussi une manière de mieux connaître leurs racines et de renouer avec une partie de leur héritage.

L’Atelye Tambou Loray Kale entend poursuivre cette mission au-delà de ces deux journées de formation. La structure accueille régulièrement de nouveaux jeunes et organise également des spectacles et des activités artistiques, notamment en collaboration avec des écoles. Les contraintes financières constituent toutefois un frein à son développement. Malgré ces difficultés, les responsables veulent maintenir cette transmission et faire du tambour un instrument accessible, connu et pratiqué par une nouvelle génération.

Samuel LÉONARD

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