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André Déjean, une trompette s’est tue, le compas se souvient

Le compas haïtien vient de perdre l’une de ses voix instrumentales les plus reconnaissables. André Déjean, trompettiste, compositeur et arrangeur, est décédé le vendredi 11 septembre 2026 en Floride, à l’âge de 75 ans. Avec sa disparition, c’est une figure importante de l’histoire de la musique populaire haïtienne qui s’éteint, laissant derrière elle plusieurs décennies de création et un répertoire qui continue de traverser les générations. 

Originaire de Pétion-Ville, André Déjean s’est imposé au sein des Frères Déjean, formation familiale devenue l’une des références de la musique haïtienne. Membre fondateur et l’un des piliers créatifs de l’orchestre, il a contribué, aux côtés de ses frères, à construire une identité sonore particulière, à une époque où les cuivres occupaient encore une place déterminante dans les orchestres de compas. Son parcours de musicien s’est construit autant autour de la trompette que de la composition et des arrangements. 

Plusieurs morceaux associés aux Frères Déjean portent l’empreinte de son travail. « Marina », « Débaké », « Bouki ak Malice » ou encore « Arrêté » figurent parmi les titres régulièrement cités dans l’évocation de son œuvre. « Marina » demeure notamment célèbre pour son solo de trompette, devenu l’une des signatures musicales du groupe. Au fil des années, les Frères Déjean ont produit plus d’une vingtaine d’albums, contribuant à faire voyager leur musique bien au-delà d’Haïti, notamment dans la Caraïbe.

André Déjean n’était cependant pas resté enfermé dans une seule époque musicale. Son parcours l’a amené à côtoyer d’autres générations et d’autres formations. Il a notamment joué avec Nu-Look, aux côtés d’Arly Larivière, illustrant une capacité à demeurer présent dans l’évolution de la musique populaire haïtienne. Cette longévité témoigne d’un musicien dont l’instrument était devenu une manière de dialoguer avec différentes générations de mélomanes. 

Sa disparition intervient alors que son pays s’apprêtait à reconnaître officiellement son parcours. Selon le ministère de la Culture et de la Communication, André Déjean figurait parmi les personnalités du secteur culturel que l’État haïtien prévoyait d’honorer cette année. Hospitalisé en Floride, il n’avait toutefois pas pu recevoir sa distinction. À travers cet hommage posthume, Haïti mesure peut-être davantage la place occupée par celui qui avait fait de la trompette l’un des instruments de mémoire du compas. La voix d’André Déjean s’est tue, mais ses arrangements, ses compositions et les notes de sa trompette continueront de résonner dans le patrimoine musical haïtien.

Wislin Prévil

Rédacteur en Chef

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