Le « choc Orélien » continue de provoquer des remous dans le monde littéraire. Alors que les interrogations autour de l’affaire touchant l’écrivain haïtiano-canadien Thélyson Orélien se multiplient, plusieurs éditeurs québécois appellent désormais à ralentir le rythme, à prendre du recul et à réfléchir aux pratiques qui entourent la découverte, la promotion et l’accompagnement des nouveaux auteurs.
Pour Rodney Saint-Éloi, directeur général de Mémoire d’encrier, l’affaire révèle notamment les effets d’une industrie littéraire soumise à l’accélération et à la recherche permanente du prochain succès. « Il faut revenir au silence et à une décélération du temps », estime-t-il, déplorant une mécanique qui peut contribuer à faire monter très rapidement un écrivain avant de le faire redescendre avec la même brutalité. À ses yeux, la recherche du best-seller et l’engouement pour les jeunes auteurs peuvent éloigner la littérature de ce qui devrait rester son objectif premier : la construction d’une œuvre.
La question dépasse cependant la seule vitesse médiatique. Geneviève Thibault, fondatrice de la maison d’édition Le Cheval d’août, estime que cette affaire pourrait conduire le milieu à repenser le rapport entre éditeurs, auteurs et lecteurs. Elle évoque la possibilité de « nouveaux pactes de lecture » et de nouvelles formes d’accompagnement. Les interrogations portent notamment sur ce qui définit aujourd’hui un auteur, sur l’authenticité d’une œuvre et sur les pratiques éditoriales dans un environnement où les frontières entre création humaine et outils technologiques deviennent plus difficiles à cerner.
Maxime Raymond, cofondateur et directeur littéraire des Éditions de Ta Mère, insiste pour sa part sur l’importance de la relation humaine dans le travail éditorial. Plutôt que de multiplier immédiatement les mécanismes de contrôle, il rappelle que les contrats comportent déjà des dispositions concernant l’originalité des œuvres. Selon lui, le débat doit aussi préserver la confiance qui constitue une partie essentielle de la relation entre l’éditeur et l’écrivain.
Chez Poètes de brousse, la codirectrice Kim Doré appelle également à la prudence. Elle considère qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives et souligne la rapidité avec laquelle les accusations et les prises de position ont circulé dans les premières heures de l’affaire. La question de l’utilisation éventuelle de l’intelligence artificielle dans la création littéraire l’interpelle particulièrement, tout comme la responsabilité des éditeurs et la possibilité de modifier à l’avenir certaines clauses contractuelles.
À travers ces différentes réactions, une même préoccupation apparaît : comment préserver la confiance, l’authenticité et le temps long de la création littéraire dans un environnement médiatique et éditorial de plus en plus rapide ? Le « choc Orélien » ne concerne donc pas uniquement le parcours d’un écrivain. Il pousse aussi les maisons d’édition à s’interroger sur leurs propres pratiques, sur leurs rapports avec les auteurs et sur la place que l’intelligence artificielle est appelée à occuper dans la littérature contemporaine. Pour plusieurs éditeurs, une chose semble toutefois s’imposer : avant de réformer ou de condamner, il faut désormais prendre le temps de comprendre.