En Haïti, parler du salaire de quelqu’un relève presque du secret d’État. Il est parfois plus facile de savoir combien une personne a payé sa voiture que de savoir combien elle gagne chaque mois.
Mais lorsqu’on parle d’une institution qui gère des ressources, des contrats et des activités liées au football national, la question de la transparence devient incontournable.
Une précision s’impose d’emblée : la Fédération Haïtienne de Football (FHF) n’est pas une institution publique de l’État haïtien. Elle est une organisation privée de type associatif, reconnue d’utilité publique.
Cette distinction est importante. Dire que la FHF est une organisation privée ne signifie pas pour autant que toutes les questions concernant sa gouvernance, sa gestion financière ou l’utilisation de ses ressources doivent être considérées comme taboues.
La FHF représente le football haïtien au niveau national et international. Elle gère les sélections nationales, organise et encadre des compétitions et administre des ressources destinées au développement du football. À ce titre, la transparence devrait être une valeur essentielle de sa gouvernance.
C’est dans ce contexte qu’une question simple mérite aujourd’hui une réponse.
La FHF vient de présenter David Badia comme nouvel entraîneur de la sélection nationale. Depuis cette annonce, une interrogation demeure : combien coûte le contrat de David Badia à la Fédération ?
Lors d’une conférence de presse, un confrère journaliste a posé la question : « Pour combien le coach a-t-il signé ? ».
Une question simple. Une question professionnelle. Une question qui entre parfaitement dans le cadre du travail journalistique.
Pourtant, au lieu de répondre directement, l’un des responsables de la Fédération a choisi de prendre la question sur le terrain personnel, en demandant au journaliste, en substance : « Si je vous demande combien vous gagnez dans le média où vous travaillez, qu’est-ce que vous allez me répondre ? ».
Voilà donc où nous en sommes. Mais depuis quand le salaire personnel d’un journaliste constitue-t-il une réponse au coût d’un contrat signé par une fédération sportive ?
Ce sont deux situations différentes. Le journaliste n’a pas demandé combien David Badia possède sur son compte bancaire, combien il dépense pour sa vie personnelle ou combien il gagne dans ses activités privées. Il a demandé combien la Fédération dépense pour son entraîneur national.
La nuance est fondamentale. Si le montant du contrat de David Badia est confidentiel en vertu d’une clause contractuelle ou d’une règle applicable, la Fédération peut l’expliquer. Si elle estime qu’elle n’a aucune obligation de communiquer ce montant, elle peut également expliquer clairement le fondement de cette position.
Mais répondre à une question légitime par une attaque personnelle contre le journaliste ne règle rien.
Au contraire, cela donne l’impression que la question dérange davantage que la réponse elle-même.
Et le problème dépasse largement le cas de David Badia. Il concerne la culture de transparence dans le football haïtien.
Quel est le budget de la Fédération ? Comment ses ressources sont-elles utilisées ? Quels sont les investissements réalisés ?
Combien coûtent les différents projets et contrats ? Quels mécanismes permettent aux membres, aux partenaires, aux supporters et au public de comprendre comment l’institution est administrée ?
Ce sont des questions légitimes dans toute organisation qui joue un rôle aussi important dans la vie sportive du pays.
La FHF est une organisation privée. Soit. Mais elle est aussi reconnue d’utilité publique et elle porte le nom d’Haïti sur la scène internationale.
Cela devrait justement encourager une culture de responsabilité et de transparence, plutôt qu’une culture du secret.
Bien entendu, la transparence ne signifie pas nécessairement que chaque salaire individuel ou chaque clause contractuelle doit automatiquement être publié. La vie privée et les obligations de confidentialité doivent être respectées lorsqu’elles sont légalement applicables.
Mais entre « tout doit être public » et « nous n’avons rien à vous dire », il existe un espace considérable : celui de la transparence institutionnelle.
On ne peut pas réclamer la confiance du public tout en considérant chaque question financière comme une provocation.
Et surtout, on ne peut pas demander aux journalistes de faire leur travail tout en leur reprochant de poser les questions qui dérangent.
La transparence n’est pas une attaque. La reddition de comptes n’est pas une insulte. Et poser une question n’est pas un crime.
Si le contrat de David Badia est parfaitement justifiable, pourquoi ne pas expliquer clairement son coût ou, à défaut, pourquoi ce montant ne peut-il pas être communiqué ?
Le véritable problème n’est peut-être donc pas la question du journaliste. Le véritable problème, c’est pourquoi une question aussi simple semble être devenue si difficile à répondre.
Combien David Badia coûte-t-il à la Fédération Haïtienne de Football ?
Le public attend toujours la réponse.