Ancien président provisoire de la République, Jocelerme Privert entend mettre son expérience de plus de trente ans dans l’administration publique au service d’une nouvelle transformation d’Haïti. Candidat du groupement politique AYITI TRANSFÒME à la présidentielle de 2027, il présente un projet de société qui s’inscrit dans une vision à l’horizon 2054 et s’articule autour de cinq grandes priorités : le rétablissement de la sécurité, la refondation de l’État, l’éducation et l’insertion des jeunes, la relance de la production nationale et le rassemblement de la nation. Son ambition, résumée par le slogan « Ann fè l ansanm », est de reconstruire un État souverain, efficace et capable de répondre aux aspirations de la population. Il nous livre sa vision.
1. Qui êtes-vous, quel est votre parcours et quelles expériences vous définissent ?
Une expérience au service d’une Haïti nouvelle.
Je suis Jocelerme Privert, né à Petit-Trou-de-Nippes et élevé par une mère seule dans une famille modeste. Rien ne m’a été donné… J’ai poursuivi mes études à Port-au-Prince dès le secondaire. J’en garde la conviction que ce sont l’école et le travail qui changent une vie.
Entré sur concours à la Direction générale des impôts, j’en ai gravi les échelons jusqu’à en devenir le directeur général, à la diriger et àconduire la plus importante réforme et la modernisation de cette Administration. J’ai ensuite occupé les fonctions de secrétaire d’État aux Finances, ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, sénateur, président du Sénat. Le 14 février 2016, pour combler vide institutionnel, auquel le pays était exposé, j’ai été élu président provisoire de la République. J’ai maintenu la continuité de l’État, assuré la stabilité des institutions et doté, entre autres, la PNH, la BNC et la BRH de leurs conseils d’administration ratifiés, préservé une croissance positive, que le pays n’a plus connue depuis 2019. J’ai mobilisé nos propres ressources pour financer les élections et j’ai remis le pouvoir à un président élu, le 7 février 2017, dans le strict respect de la Constitution.
Plus de trente ans de service public m’ont donné une connaissance approfondie de l’État haïtien, de ses mécanismes comme de ses faiblesses. Père de famille, auteur de plusieurs ouvrages sur l’État et la fiscalité, je n’ai jamais séparé l’action de la réflexion, ni cessé de partager mes expériences avec les jeunes. J’ai aussi appris à déceler les séquelles socio-anthropologiques à l’origine de la crise de confiance au sein de notre famille haïtienne. Par le dialogue, j’entends œuvrer à la guérison collective, condition de réussite de la vision 2054.
Haïti, qui frôle le statut d’État failli, ne peut plus se permettre l’apprentissage à son plus haut sommet. On ne redresse pas un pays par l’improvisation ou par les slogans, mais par la compétence, la discipline institutionnelle et la continuité de l’action publique. Pour concrétiser cette vision, j’accorde une importance particulière à la souveraineté politique et fiscale, au mérite et à une place réelle pour la jeunesse et les femmes.
2. Le parti ou la plateforme que vous représentez
AYITI TRANSFÒME est d’abord une vision : transformer Haïti à l’horizon 2054, année du 250e anniversaire de notre indépendance. Mûri au fil de huit années de consultations avec des compatriotes de tous horizons, ce projet de société repose sur cinq piliers : une Haïti démocratique, stable, prospère, compétitive et solidaire. Notre logo, un papillon d’or posé sur la carte d’Haïti, en est le symbole : un peuple capable de se réinventer. Le violet de la sagesse et l’or de la prospérité, le résument. Aussi, un tel cap ne s’atteint pas en un seul mandat. Le quinquennat 2027-2032 en est la première étape, celle qui remet l’État debout et pose les fondations sur lesquelles le pays pourra bâtir.
Pour porter cette vision devant les électrices et les électeurs, douze partis reconnus par le Conseil électoral provisoire se sont réunis au sein du groupement politique AYITI TRANSFÒME, dont je suis le candidat à la présidence, sous le numéro 91.
Ce rassemblement est le choix politique de l’unité plutôt que de l’émiettement. Aucun parti, aucun secteur ne relèvera seul ce pays. À cet effet, les consultations se poursuivent avec la même exigence : faire passer le pays avant les étiquettes. Et c’est le sens de notre méthode, Ann fè l ansanm (faisons-le ensemble), ce qui signifie que l’État doit faire sa part et que chaque citoyenne, chaque citoyen, la sienne.
3. Cinq priorités pour Haïti
Pour le premier quinquennat, 2027-2032, AYITI TRANSFÒME se donne cinq priorités, première étape de la transformation du pays à l’horizon 2054.
3.1 Restaurer la sécurité et l’autorité de l’État.
Aucune politique publique ne tient sans sécurité. L’État doit reprendre le contrôle de tout son territoire, rétablir une justice qui fonctionne et garantir à chaque citoyenne et à chaque citoyen le droit de vivre, de travailler et de circuler librement. Cela passe par le renforcement des effectifs, de l’équipement et de l’encadrement des forces publiques, le contrôle des armes et des munitions aux frontières, et une coopération internationale qui appuie l’État sans se substituer à lui.
3.2 Refonder l’État, restaurer la souveraineté nationale et assainir la gouvernance publique.
Un État souverain qui décide pour lui-même et s’en donne les moyens. Il n’y a pas de souveraineté politique sans souveraineté économique et fiscale : maîtriser nos frontières et nos douanes, combattre la contrebande et la corruption, financer nos priorités avec nos propres ressources. Cela exige un État efficace, décentralisé et redevable, des finances publiques rigoureuses et une Administration fondée sur le mérite et la redevabilité. Pour avoir dirigé l’Administration fiscale, je sais où se perdent les recettes de l’État et comment les recouvrer.
3.3 Faire de la jeunesse et de l’éducation la cause nationale première.
La jeunesse n’est pas seulement l’avenir d’Haïti; elle est sa force d’aujourd’hui. Une école de qualité pour chaque enfant avec des enseignant(e)s formé(e)s et payé(e)s à temps; un accompagnement vers l’emploi (formation professionnelle et technique, numérique, entrepreneuriat, premier emploi) pour les jeunes, le sport et la culture, et une place réelle dans la prise de décision publique.
3.4 Relancer la production nationale et l’emploi, socle de notre souveraineté économique.
Un pays qui importe l’essentiel de ce qu’il consomme n’est pas maître de son destin. Moderniser l’agriculture, industrialiser le pays, développer les services et le tourisme ; faire de la reconstruction des infrastructures (routes, énergie, eau, irrigation) un moteur d’emploi à grande échelle ; et protéger l’environnement, nos sols, nos forêts et nos bassins versants, sans lesquels aucune production ne peut durer.Ces investissements seront financés en priorité par les recettes perçues aux frontières et dans les douanes.
3.5 Rassembler la nation, donner toute leur place aux femmes et gouverner sur le long terme.
Les femmes portent nos familles et une grande part de notre économie. Elles doivent être présentes là où les décisions sont prises. Leur place sera garantie dans la sphère publique (quota constitutionnel d’au moins 30 %), dans l’économie (accès au crédit, à la terre et à la formation) et les protéger contre les violences qui les visent. Par le dialogue, rétablir la confiance entre citoyennes et citoyens, les institutions, le secteur privé, les collectivités territoriales et la diaspora et doter le pays d’une vision qui dépasse les urgences du moment.
4. Un dernier mot à la jeunesse et au peuple haïtien
À la jeunesse de mon pays : continuez à choisir Haïti. Votre avenir n’est condamné ni à l’exil, ni au chômage, ni au désespoir. J’ai grandi et je vieillis en Haïti. Vous avez le droit d’étudier, d’entreprendre et de réussir chez vous. On vous a trop souvent dit d’attendre. Prenez dès maintenant votre place dans la reconstruction du pays.
Aux femmes haïtiennes : élevé par une mère et une grand-mère qui ont tenu debout quand tout manquait, père de trois filles, je sais ce que ce pays vous doit. Vous en êtes les piliers. Soyez-en aussi les décideuses, aux urnes comme dans les institutions.
Aux hommes haïtiens : la place faite aux femmes ne vous retire rien de la vôtre. Tenir, protéger, transmettre dans un pays aussi dur. Ce rôle de père, de frère et de travailleur mérite d’être reconnu et soutenu. Continuez à l’assumer, à leurs côtés.
À la diaspora : vous soutenez déjà notre économie par votre travail et vos sacrifices. Enfants du pays vivant à l’extérieur, vous y avez toute votre place pour y vivre, y investir et participer à sa construction. Occupez-la.
Au peuple haïtien, femmes et hommes : je ne viens pas vendre un rêve. Je propose un engagement, celui de rebâtir un État qui protège, une économie qui produit, une école qui prépare l’avenir et une société qui rend à chacune et à chacun sa dignité. L’heure n’est plus aux essais ; elle est au travail, avec celles et ceux qui savent comment fonctionne l’État.
Mais « Ann fè l ansanm » veut dire que chacune et chacun a un rôle. Le bulletin que vous déposerez dans l’urne décidera de votre avenir ;il en a toujours été ainsi. Et votre conduite en tant que citoyennes et citoyens, chaque jour, fait partie de ce dont le pays a besoin pour avancer. L’État fera sa part. Vous avez la vôtre : jouez-la.
La transformation d’Haïti ne sera pas l’œuvre d’un seul être, mais celle d’un peuple qui reprend en main son destin. Ann fè l ansanm !
