En Haïti, là où les dernières forêts naturelles résistent encore à la pression humaine, une équipe de scientifiques et de naturalistes s’est engagée dans une course contre la montre pour documenter une biodiversité exceptionnelle. Intitulé « Extinction en cours », ce film documentaire réalisé par Jurgen Hoppe et produit par le Dr Blair Hedges, de l’Université Temple en Pennsylvanie, en collaboration avec le zoo de Philadelphie et la Société Audubon Haïti (SAH), plonge le spectateur dans les profondeurs d’un patrimoine naturel menacé. Présenté en Haïti le 8 décembre 2015 au Karibe, à Pétion-Ville, le documentaire témoigne de la richesse biologique des espaces les plus inaccessibles du pays, mais aussi de l’urgence de les protéger. Le Nouvelliste, dans un article publié, présente le film comme une alerte sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité haïtienne.
Pendant trois ans, les chercheurs ont parcouru les montagnes, les hauts plateaux et les forêts tropicales encore préservées d’Haïti. Leurs expéditions, menées dans des régions difficiles d’accès, ont permis de découvrir près de 50 nouvelles espèces et de retrouver des espèces que l’on croyait disparues. Des amphibiens, des reptiles, des oiseaux et des plantes figurent parmi les richesses mises en lumière par cette exploration scientifique. Ces découvertes révèlent une réalité souvent méconnue : malgré la dégradation de son environnement, Haïti conserve des écosystèmes d’une valeur biologique considérable. Selon la Société Audubon Haïti, les recherches conduites depuis 2010 par le Dr Hedges et ses collaborateurs ont notamment permis d’identifier des espèces nouvelles et de documenter les dernières forêts naturelles du pays.
Mais « Extinction en cours » ne se limite pas à une succession de découvertes scientifiques. Le film expose également la fragilité de ces milieux naturels, soumis à la destruction des habitats, à la déforestation et à l’exploitation des ressources forestières. La disparition des arbres menace directement les espèces qui en dépendent, tandis que la dégradation des sols et des bassins versants fragilise les communautés humaines. La perte de la biodiversité représente ainsi un problème qui dépasse largement la seule protection des animaux et des plantes. Elle concerne aussi l’accès à l’eau, la sécurité alimentaire et la capacité des populations à faire face aux catastrophes naturelles. Dans un article publié le 10 décembre 2015, Le Nouvelliste rapporte les préoccupations de Philippe Bayard, fondateur de la SAH, qui appelle à développer une vision stratégique de protection de cette richesse pour les générations présentes et futures.
L’un des intérêts majeurs du documentaire réside dans sa capacité à rendre visible ce qui demeure souvent ignoré. Dans un pays fréquemment associé à la déforestation et à la dégradation environnementale, les images de ces forêts restantes rappellent qu’Haïti possède encore des trésors naturels irremplaçables. Elles montrent également que la conservation de la biodiversité ne peut reposer uniquement sur les efforts des scientifiques. Elle exige une volonté politique, une sensibilisation de la population et des moyens permettant aux communautés de vivre sans dépendre exclusivement de l’exploitation des ressources naturelles. La collaboration entre la SAH, l’Université Temple et le zoo de Philadelphie illustre l’importance des partenariats scientifiques et institutionnels dans la protection des espèces menacées.
La projection du film au Karibe, le 8 décembre 2015, a ainsi constitué un moment important de sensibilisation à la crise environnementale haïtienne. Mais l’urgence qu’il exprime demeure : les espèces découvertes et les forêts explorées ne pourront être préservées sans des actions concrètes et durables. « Extinction en cours » est à la fois un témoignage scientifique, un plaidoyer pour la conservation et un appel à la responsabilité collective. Car protéger les dernières forêts d’Haïti, ce n’est pas seulement sauver des espèces rares : c’est préserver un patrimoine naturel essentiel à l’avenir du pays.
