Avec « L’Obsession du rouge », paru en novembre 2025 chez Boréal, Dany Laferrière signe une œuvre charnière, cinquante ans après son arrivée au Québec. Ce livre singulier, à la croisée de la littérature, de la peinture et du cinéma, s’inscrit comme une revanche symbolique sur l’histoire éditoriale de son premier roman, autrefois retiré des librairies à cause d’un litige lié au tableau « Grand Intérieur rouge » de Matisse.
Quarante ans plus tard, ce même tableau devient source de réparation créatrice. Invité par le Centre Pompidou à écrire à partir de l’œuvre de Matisse, Laferrière conçoit un véritable ciné-roman, forme hybride où texte et image se répondent sans hiérarchie. Le récit abandonne la linéarité classique au profit d’une narration fragmentaire, fondée sur la perception, la mémoire et la couleur.
Le rouge devient le principe structurant du livre. Couleur du corps, de la violence, du désir et de l’écriture, il remplace la chronologie et organise la mémoire. Il traverse Port-au-Prince, convoque le vodou, la douleur collective et l’intimité de la création. La peinture n’illustre pas le texte : elle en est le prolongement.
« L’Obsession du rouge » n’est ni une curiosité formelle ni un simple hommage pictural. C’est une œuvre-limite qui interroge les frontières de la narration et confirme Laferrière comme un écrivain majeur, capable de transformer une ancienne exclusion en geste esthétique pleinement assumé.







