À l’issue de la deuxième édition du Festival de la littérature féminine haïtienne (FELIFHA), organisée à l’Hôtel Palm Résidence, à Pétion-Ville, Westerline Charles a accordé un entretien à notre rédaction. Elle est revenue sur les ambitions de cette initiative culturelle, les défis rencontrés lors de son organisation ainsi que les perspectives qu’elle ouvre pour les femmes de lettres en Haïti.
Interrogée sur les objectifs de cette deuxième édition et sur ce qui la distingue de la précédente, Westerline Charles explique que le festival poursuit avant tout une mission de promotion de la littérature féminine haïtienne.
« Cette deuxième édition s’inscrit dans une volonté de consolider le travail amorcé l’an dernier. Nous voulons promouvoir la littérature produite par les femmes haïtiennes, créer des espaces de dialogue entre les autrices et le public, favoriser la transmission des savoirs entre les générations et renforcer la visibilité des femmes dans les milieux culturels et intellectuels. Cette année, nous avons proposé une programmation plus riche, accueilli davantage d’autrices venues des différentes régions du pays et de la diaspora, tout en ouvrant les discussions sur des thèmes comme la mémoire, l’identité, le patrimoine, les droits des femmes et les enjeux sociaux actuels. Notre ambition est de faire du FELIFHA un rendez-vous incontournable de la littérature haïtienne. »
À la question de savoir comment le festival contribue à valoriser les voix féminines dans le paysage littéraire national, elle souligne que le FELIFHA constitue aujourd’hui une véritable plateforme d’expression.
« Pendant longtemps, les œuvres des femmes ont été moins visibles malgré leur richesse. Le festival leur offre un espace de reconnaissance. À travers les conférences, les tables rondes, les ateliers d’écriture, les lectures publiques, les expositions et les rencontres avec les autrices, le public découvre des œuvres parfois méconnues et comprend mieux les réalités racontées par les femmes. Nous voulons contribuer à construire un espace littéraire plus inclusif où les voix féminines occupent pleinement leur place. »
Westerline Charles est également revenue sur les critères ayant guidé la sélection des participantes et des œuvres présentées durant cette édition.
« Nous avons privilégié la qualité littéraire des œuvres, leur contribution au patrimoine culturel haïtien, la diversité des genres et des parcours. Nous tenions aussi à établir un équilibre entre des écrivaines déjà reconnues et de nouvelles voix émergentes. Cette diversité permet de créer un dialogue entre les générations et de refléter la richesse de la littérature féminine haïtienne contemporaine. »
Évoquant les difficultés rencontrées dans l’organisation du festival, elle reconnaît que le contexte national a représenté un véritable défi, sans toutefois remettre en cause la détermination des organisateurs.
« Comme beaucoup d’initiatives culturelles en Haïti, nous avons dû faire face aux contraintes financières, aux difficultés logistiques et au contexte sécuritaire. Mais grâce à la solidarité de nos partenaires, à l’engagement des bénévoles et à une collaboration étroite entre les différentes institutions impliquées, nous avons réussi à adapter notre programmation tout en maintenant la qualité des activités proposées. »
Enfin, elle a adressé un message d’encouragement aux jeunes femmes qui souhaitent se lancer dans l’écriture.
« Je voudrais leur dire que leur voix est précieuse, légitime et nécessaire. Chaque femme porte une histoire qui mérite d’être racontée. La littérature est un formidable outil de liberté, de transformation sociale et d’affirmation de soi. Je les encourage à écrire avec courage, à lire abondamment et à croire en la valeur de leur parole. Les obstacles existent, mais ils ne doivent jamais devenir des limites à leur créativité. Le FELIFHA est là pour leur rappeler qu’elles ne sont pas seules et que la littérature haïtienne se construit aussi grâce à leurs voix. »
À travers cette deuxième édition, le Festival de la littérature féminine haïtienne confirme ainsi sa volonté de promouvoir durablement les femmes de lettres et de contribuer à une littérature haïtienne toujours plus ouverte, inclusive et représentative de la diversité des voix qui façonnent le pays.