Dans la salle, on sent que ce n’est pas une réunion comme les autres. Ce n’est pas non plus une discussion pour passer le temps. Au Centre convention de Jacmel, les 28 et 29 mai 2026, le Forum départemental sur les changements climatiques rassemble des hommes et des femmes qui portent, dans leur regard, la fatigue des saisons difficiles et la mémoire des catastrophes. On est venu avec des questions, mais surtout avec une colère contenue et une détermination nette : le Sud-Est ne veut plus seulement subir.
Dans ce département considéré comme l’un des plus vulnérables du pays face aux changements climatiques, les effets se font déjà sentir. L’érosion côtière progresse, les ressources en eau se raréfient, les régimes de pluie deviennent imprévisibles et les ouragans gagnent en intensité. Pour de nombreuses communautés, ces bouleversements ne relèvent plus d’un scénario futur, mais d’une réalité quotidienne.
Le Comité Départemental de Gestion des Risques et Désastres du Sud-Est (CDGRD-SE), en collaboration avec plusieurs partenaires, a choisi un thème qui résume l’enjeu : « Mobilisation locale pour une Haïti résiliente face au changement climatique ». Une formule qui prend ici tout son sens. Derrière les mots se trouvent des familles confrontées à des pertes répétées, des agriculteurs qui peinent à s’adapter aux nouvelles conditions climatiques et des communes qui cherchent des réponses durables.
Le directeur départemental de la Protection civile, Ronald Delice, a donné à l’événement sa portée stratégique. Selon lui, le forum constitue un espace de dialogue, mais surtout un cadre de concertation destiné à promouvoir des solutions locales d’adaptation. Renforcer la résilience des communautés, a-t-il souligné, revient à réduire les pertes humaines et matérielles tout en préparant les territoires aux défis à venir.
L’initiative s’inscrit dans le cadre du Plan national de lutte contre les changements climatiques (PNCC 2019-2030), qui vise à mieux coordonner les efforts d’adaptation à travers le pays. Mais au-delà des stratégies nationales, les participants ont insisté sur la nécessité d’obtenir des résultats concrets et durables sur le terrain.
La mairesse de Jacmel, Loudie César, a salué l’organisation du forum et exprimé l’espoir qu’il débouche sur des mesures utiles pour la population. « Jacmel sera le point de départ d’une feuille de route pour tout le Sud-Est », a-t-elle déclaré, appelant à maintenir cette dynamique au-delà des deux journées de discussions.
Le délégué départemental, Pierre Michel Lafontant, a lui aussi insisté sur l’urgence de la situation. Il a salué le travail de la Protection civile, du comité départemental de gestion des risques et des partenaires impliqués dans l’organisation de l’événement. Pour lui, la mobilisation locale n’est plus une option, mais une nécessité. Les citoyens doivent être au cœur des efforts d’adaptation, car les changements climatiques touchent directement leur quotidien.
Le suppléant directeur départemental de l’Environnement, Edmond Chery, a rappelé que les défis environnementaux ne peuvent être relevés par un seul secteur. Il a plaidé pour une meilleure coordination entre les institutions, les collectivités et les citoyens, tout en encourageant l’adoption de comportements écoresponsables capables de contribuer à la protection des ressources naturelles.
Au nom de la Direction générale de la Protection civile, Jean Michel Sabat a rappelé que les effets du changement climatique modifient déjà les conditions de vie de nombreuses populations. En lien avec la saison cyclonique 2026, il a insisté sur l’importance de la préparation, de l’anticipation et du respect des consignes de sécurité. Selon lui, la prévention demeure l’un des moyens les plus efficaces pour réduire les risques et sauver des vies.
Pendant les deux journées du forum, les échanges ont porté sur plusieurs enjeux majeurs : l’érosion côtière, la raréfaction de l’eau, les perturbations des saisons agricoles et l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes. Les participants ont également rappelé une réalité souvent soulignée dans les débats internationaux : Haïti figure parmi les pays les plus exposés aux conséquences du changement climatique, malgré sa faible contribution aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.
L’un des principaux objectifs du forum est l’élaboration d’un Plan d’action départemental destiné à renforcer la protection des communautés et des écosystèmes du Sud-Est. Les organisateurs ont notamment mis en avant l’éducation environnementale, l’agroécologie et le volontariat communautaire comme leviers essentiels de résilience.
Le forum bénéficie du soutien technique et financier de plusieurs partenaires nationaux et internationaux, dont Helvetas Haïti à travers les projets RESEPSE, INOVEE, PROFESE et PARER, le Fonds mondial pour l’environnement (FME), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Union européenne, la Croix-Rouge haïtienne, la Croix-Rouge espagnole, Caritas Suisse ainsi que le projet EFOSÉ mis en œuvre par l’UTE avec le financement du FIDA.
À l’issue de ces deux journées, un constat s’impose : la crise climatique n’est plus une menace lointaine pour le Sud-Est. Elle est déjà à l’œuvre. Pour les participants, l’enjeu consiste désormais à transformer les engagements en actions durables, afin de protéger les communautés, préserver les ressources naturelles et préparer l’avenir d’une région particulièrement exposée aux bouleversements du climat.