Le Centre culturel Brésil-Haïti, à Pétion-Ville, a accueilli le samedi 22 août 2026 la première édition du Salon du livre universitaire d’Haïti. Portée par le Centre haïtien de recherche en sciences sociales (CHARESSO), cette initiative a réuni des auteurs, dont Yanick Lahens, des chercheurs, des éditeurs, des étudiants et des lecteurs autour de la production intellectuelle haïtienne, avec une programmation mêlant expositions, lectures, échanges et ateliers.
Organisé de 10 h à 4 h, le Salon entendait donner davantage de visibilité aux ouvrages universitaires et aux travaux de recherche produits en Haïti. Présentations de livres, rencontres avec les auteurs, discussions et activités de formation figuraient parmi les rendez-vous proposés. Pour les organisateurs, il s’agissait également de créer un espace permettant aux universités, centres de recherche, maisons d’édition, bibliothèques et lecteurs de se rencontrer et de favoriser une meilleure circulation des connaissances.
Frédéric Gérald Chéry, économiste et docteur en sciences économiques, était l’invité d’honneur de cette première édition. Les organisateurs ont également rendu un hommage posthume à Madeleine Sylvain-Bouchereau, sociologue et féministe, en reconnaissance de sa contribution à la pensée sociale et à la réflexion sur la société haïtienne. Cette double présence a donné à l’événement une dimension à la fois scientifique, historique et mémorielle, en exposant des figures ayant contribué à la production intellectuelle du pays.
Les ouvrages et initiatives féministes ont également occupé une place dans les espaces d’exposition. Parmi les titres présentés figuraient notamment Mati, Fanmi et Poko Bout. La revue Aloso, une initiative féministe née le 18 novembre 2021 et conçue également comme une anthologie féministe, était elle aussi présente. À ses débuts, la revue paraissait deux fois par année, notamment autour du 3 avril, en référence au soulèvement de 1986 et à la Journée nationale des droits des femmes, ainsi que du 18 novembre, date symbolique de résistance et de décolonisation mise en avant par le mouvement des Nègès Mawon. La publication revendique ainsi une portée politique dans le champ féministe.
La lecture et la réflexion sur les réalités sociales occupaient également une place importante dans la programmation. Lors d’un atelier, le modérateur encourageait les étudiants et les participants à développer le goût de la lecture, mais aussi à produire une réflexion sur les sujets qui méritent d’être racontés et analysés. L’accent était notamment mis sur la nécessité de faire entendre davantage de voix autour des conditions de vie dans les quartiers populaires et des réalités sociales souvent absentes des espaces de réflexion. Une lecture consacrée à la migration à partir d’un ouvrage de Frankétienne figurait également parmi les activités, avec notamment une intervention de Georges Eddy Lucien.
Le Salon dépassait toutefois le cadre strictement universitaire. Dans l’espace extérieur du Centre culturel Brésil-Haïti, une dizaine de personnes participaient à un atelier d’initiation au tambour, réunies en cercle sous plusieurs arbres. À l’entrée du Centre, des jeunes s’étaient également retrouvés autour de parties d’échecs. Des vendeurs proposaient parallèlement différents produits, notamment du fresco, des saucisses, des « kokonèt », des « kokiyòl », des pistaches, entre autres expositions dégustatives. Ces activités ont contribué à créer une atmosphère où le livre, la culture, les loisirs et les échanges communautaires se côtoyaient.
Fondé en 2020, le Centre haïtien de recherche en sciences sociales (CHARESSO) porte ce Salon dans le prolongement de sa mission de recherche, de formation, de publication, de vulgarisation, d’intervention et de documentation. L’initiative vise à répondre à un problème identifié par les organisateurs. Malgré l’existence d’une production académique et scientifique haïtienne, les ouvrages circulent difficilement et leurs auteurs rencontrent rarement leurs lecteurs en dehors des cadres universitaires.