Quelques jours après avoir remporté le Prix du roman Fnac 2026, l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien se retrouve au centre d’une vive polémique autour de son premier roman, « C’était ça ou mourir ». L’auteur est accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour rédiger une grande partie de son livre, une accusation qu’il rejette fermement.
La controverse a éclaté lundi 21 septembre sur le réseau social X, à travers un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude ». Le compte, alors suivi par moins d’une centaine de personnes, affirme que le roman aurait été « presque intégralement » écrit avec une intelligence artificielle. Pour étayer cette accusation, ses auteurs disent avoir soumis plusieurs passages du livre à Pangram, un outil de détection de textes générés par IA. La publication est rapidement devenue virale, cumulant plusieurs millions de vues et relançant le débat sur la capacité des logiciels à identifier l’écriture artificielle.
Les résultats sont toutefois loin de constituer une preuve définitive. Le Monde indique avoir testé Pangram sur plus de la moitié du roman et obtenu un résultat attribuant à l’IA plus de 95 % du texte. Mais d’autres vérifications aboutissent à des conclusions différentes. L’AFP, après avoir soumis certains extraits à plusieurs détecteurs, a obtenu des résultats divergents : certains outils ont estimé que les passages étaient probablement humains, tandis que d’autres les ont attribués à l’IA. Des chercheurs soulignent également les limites de ces technologies, notamment leurs possibles biais linguistiques et leur difficulté à évaluer certaines formes d’écriture.
Thélyson Orélien nie avoir utilisé une machine pour écrire son roman. Dans une déclaration rapportée par plusieurs médias, il affirme : « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. » L’écrivain explique avoir commencé à travailler sur son texte dès 2017, plusieurs années avant l’explosion publique des outils d’IA générative. Il défend également les particularités de son style, marqué par l’oralité, les répétitions et des influences haïtiennes et caribéennes. Selon lui, ces caractéristiques relèvent de sa poétique et ne peuvent pas être considérées comme des preuves d’un recours à l’intelligence artificielle.
Les maisons d’édition qui publient le roman ont, elles aussi, pris position. Grasset a rejeté fermement les accusations affirmant que le livre aurait été écrit ou nourri par une IA. Boréal, son éditeur canadien, a indiqué avoir pris connaissance des allégations tout en déclarant maintenir sa confiance envers le travail de l’auteur. De son côté, Thélyson Orélien dit préparer, avec ses éditeurs, un dossier destiné à documenter son processus d’écriture.
Au-delà du cas de l’écrivain, cette affaire pose une question plus large au monde littéraire : comment établir aujourd’hui qu’un texte est humainement écrit ? Les détecteurs d’IA analysent des régularités statistiques et stylistiques, mais leurs résultats peuvent varier considérablement d’un outil à l’autre. Dans le cas de « C’était ça ou mourir », aucune des analyses rendues publiques à ce jour ne permet, à elle seule, d’établir de manière certaine que le roman a été écrit par une intelligence artificielle.
La polémique intervient alors que le livre connaît un important succès. Publié en France par Grasset après une première publication au Canada, « C’était ça ou mourir » s’est vendu à plus de 35 000 exemplaires en cinq semaines et figure dans les sélections de plusieurs grands prix littéraires. Quelques heures avant le déclenchement de la controverse, il avait notamment remporté le Prix du roman Fnac 2026.
L’affaire illustre ainsi les nouvelles tensions qui accompagnent l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le monde du livre. Entre soupçons, outils de détection, défense du travail des auteurs et nécessité de définir de nouvelles règles, la question dépasse désormais le seul cas de Thélyson Orélien. Pour l’heure, l’accusation demeure contestée et le débat porte autant sur l’origine du roman que sur la fiabilité des méthodes utilisées pour tenter de la déterminer.